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keyvan   keyvan Keyvan Sayar's TIGblog
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République des actionnaires: à qui appartient la vie de Steve Jobs?


Après des mois de spéculations en tous genres, le Los Angeles Times explique aujourd’hui que Steve Jobs, le patron d’Apple, serait en bien mauvaise santé et les journalistes se demandent si le secret gardé par ses avocats depuis des mois est bien légal. Loin de s’apitoyer sur le sort du cofondateur d’Apple, les journalistes décortiquent les faits juridiques et leurs conséquences pour les actionnaires.

Steve Jobs présentant le célèbre Iphone

Steve Jobs présentant le célèbre Iphone

Tout d’abord on apprend que si les sociétés ne sont pas tenues de divulguer les détails de la situation médicale de leurs dirigeants, elles doivent en revanche donner aux investisseurs des informations matérielles qui leur permettront de choisir en connaissance de cause s’ils ont envie d’acheter ou de vendre des actions.

Certes on peut le comprendre à l’échelle d’une petite entreprise, disons un salon de coiffure tenu par un patron qui aurait un ou deux employés. Avant de prêter de l’argent au patron ou d’acheter des parts de son entreprise, j’aimerais avoir une petite idée de sa forme et de son état d’esprit. Admettons. Mais quand on touche à de grandes multinationales spécialisées, la fluctuation du cours des actions sur les noms de patrons et souvent très surprenante, presque ésotérique: un groupe automobile va avoir à sa tête un homme qui ne connaît rien à l’ingénierie automobile, qui n’est pas un spécialiste du marketing, qui est un manager professionnel… mais en fonction de sa côte, avant même qu’il ait commencé à travailler (et répétons-le, la qualité des voitures ou des publicités ne dépendra pas de lui) on va faire des paris sur lui, les actions vont monter ou descendre (risquant ainsi dans les cas négatifs d’affaiblir l’entreprise – ce qui n’est pas dans l’intérêt des actionnaires).

De même pour Monsieur Jobs qui, s’il est le cofondateur d’Apple ne conçoit pas chaque produit et logiciel qui sort de l’usine à pommes (que les fans d’Ipod et d’Iphone se rassurent, Steve Jobs ou pas, Apple continuera sûrement à fabriquer tout autant de gadgets cool qui font bip bip bip quand on les touche). D’où le malaise que j’éprouve en lisant ces lignes du Los Angeles Times (et cet article n’est pas exceptionnel, il est malheureusement emblématique). On est allé trouver un des docteurs de Jobs pour lui faire expliquer de quoi souffrait son patient, on a découvert, malheureusement pour l’intéressé, que c’était plutôt grave (du genre définitivement grave) et on a commencé à prendre peur -non pas que monsieur Jobs souffre, non pas qu’avec un autre dirigeant la société Apple change d’état d’esprit mais que le PDG emporte dans sa chute vers l’autre monde le cours de nos actions Apple bien-aimées. C’est donc au nom du droit des actionnaires à connaître la vérité que bon nombre de journalistes (et peut-être derrière eux un certain nombre d’actionnaires et de concurrents d’Apple) ont demandé à obtenir davantange que de simples informations matérielles (les dernières fournies par Jobs faisaient en effet seulement état d’un déséquilibre hormonal – je ne suis pas médecin mais c’est vrai que ça n’a pas l’air aussi grave que ce dont il souffre apparamment).

Nous en serions donc là… on ne se mobiliserait plus pour voter, on ne s’engagerait plus dans la vie politique mais on serait prêt à payer des SMS pour voter par millions à des émissions de télé-réalité et on brandirait le principe de transparence (ou même l’idée de démocratie) pour exiger de savoir (et d’étaler sur la place publique) la couleur de la tumeur de tel ou tel PDG. Ce serait bien triste.

Pour vous dire la vérité, je n’ai pas envie d’y croire. En tout cas je n’ai pas envie de croire que nous ne sommes que ça. La démocratie est fondamentale. Notre droit de regard, de critique, d’expression est essentiel pour la préserver. Les entreprises jouent un rôle très important dans la société et il est bon que les actionnaires utilisent leur droit de regard pour demander des comptes aux gérants (idéalement pour exiger qu’ils respectent aussi les droits fondamentaux et l’environnement -on a bien glausé sur la santé de S. Jobs mais on a très peu parlé par exemple du fait que l’Iphone première version était très difficilement recyclable), il est bon que tout cela existe… mais utilisons ces droits d’une manière un peu plus respectueuses des individus. Je ne veux pas savoir quelle maladie a M. Jobs, juste s’il est apte à travailler ou non, je veux connaître sa stratégie, son bilan. Idem pour les politiques, je me moque de savoir si M. Berlusconi a trompé ou non sa femme, c’est une affaire qui les regarde, ce que je veux savoir c’est ce qu’il a fait et ce qu’il compte faire en politique. Ils nous appartient à tous de recentrer le débat sur les questions qui comptent (les seules qui nous regardent).


June 25, 2009 | 9:06 AM Comments  0 comments

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République des auditeurs: à qui appartient le King of Pop?


Michael Jackson a été hospitalisé d’urgence aujourd’hui après un arrêt cardiaque, c’est ce qu’affirment ce soir de nombreux médias états-uniens, quelques mois seulement après l’annonce de son grand (et final) come back à Londres pour 50 concerts étalés entre juillet 2009 et mars 2010.

Michael Jackson, le King of Pop, annonçant son retour sur scène en mars 2009

Michael Jackson, le "King of Pop", annonçant son retour sur scène en mars 2009

Je n’ai pas l’habitude d’écrire sur la vie des stars mais je viens d’écrire il y a quelques heures un billet sur la santé de Steve Jobs et la façon dont les journalistes ont revendiqué le “droit de [tout] savoir” [sur sa santé] au nom de la transparence et de la démocratie des actionnaires. Ce soir en faisant un tour sur Google News, j’ai trouvé le même genre de remarques au sujet de Michael Jackson. Dans un article de la chaîne australienne ABC, on s’inquiétait de ce qu’il adviendrait des concerts de cet été dont les billets s’étaient vendus en quelques minutes. Les journalistes précisent qu’à l’époque déjà plusieurs personnes avaient posé la question de la santé de Michael Jackson et que la société AEG Live, organisatrice des concerts, avait indiqué que M. Jackson s’était à cet effet soumis à un examen médical de 4 heures et demie… Non mais sérieusement, on en arrive où? Est-ce qu’on aurait imaginé demander à Jimi Hendrix de souffler dans le ballon avant de monter sur scène?

… Excusez-moi un petit instant, en même temps que j’écris ce billet je surfe sur Google News et on vient d’indiquer que Michael Jackson vient de décéder des suites de cette attaque cardiaque. Ce qui devait être un autre billet coup de gueule contre le voyeurisme des médias devient un billet funèbre. Je ne sais pas trop quoi dire. Les plus jeunes pensent à la chirurgie esthétique et à la pédophilie quand ils entendent le nom de Michael Jackson. Ma génération se souvient de Bad, de Dangerous, du Moonwalk. J’ai découvert aussi ensuite les premiers tubes des Jackson 5, ses premiers albums. C’était un artiste hors du commun, un chanteur excellent, un danseur incroyable. Je n’ai jamais été fan de son relookage au bistouri et j’ai toujours été bouleversé / dégoûté par les accusations de pédophilie. Je veux me souvenir de son travail d’artiste, de tant de chansons qui m’ont accompagné tout au long de ma vie et m’accompagneront encore.

Dommage qu’il n’ait pas pu faire cette tournée finale.


June 25, 2009 | 7:06 AM Comments  0 comments

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La fin du Secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme


L’Elysée a annoncé aujourd’hui la composition du nouveau gouvernement Fillon. Dans la nouvelle équipe ne figure plus de Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme. Nicolas Sarkozy, qui avait promis en tant que candidat d’être le “président des droits de l’Homme“, avait créé ce poste au Quai d’Orsay à la demande de Bernard Kouchner et confié la tâche à la jeune Rama Yade. Un véritable challenge puisqu’il s’agissait pour elle non seulement de travailler sous la tutelle d’un ex-socialiste mais aussi de faire vivre un thème qui ne collait pas toujours avec les intérêts diplomatiques de la France. Rama Yade s’est pourtant appliquée à ne pas rester silencieuse même quand le président lui demandait de se taire. Ainsi quand Muammar Khadafi était reçu en grande pompe à l’Elysée, Mme Yade déclarait à la presse que la France n’était pas un paillasson sur laquelle des dictateurs pouvaient venir s’essuyer les pieds. Plus tard, sur nombre d’autres dossiers elle a également pris parole (à défaut de faire davantage). Rama Yade écrivit un livre (Les droits de l’Homme expliqués aux enfants de 7 à 77 ans), déclina la proposition de place éligible aux européennes (en indiquant que l’Europe n’était “pas [son] truc” et qu’elle avait encore plein de choses à faire sur les droits de l’Homme). Seulement voila, le président Sarkozy qui voulait transformer le ministère des affaires étrangères en un “ministère de la mondialisation“, faire de la France une force motrice pour la promotion des droits humains dans le monde a mis de l’eau dans son vin et a décidé d’éliminer ce portefeuille devenu gênant. Rama Yade, elle, a été reléguée promue aux sports, comme si l’important n’était après tout pas tant son expertise ou son engagement mais ses qualités de gestionnaire/représentante/femme politique populaire.

Rama Yade

Rama Yade

Certes ce poste n’était vraiment pas facile à occuper, certes il nous mettait face à nos contradictions (d’un côté nos principes, de l’autre les concessions que nous faisions), certes sans réels moyens ce poste était juste un symbole… seulement le supprimer revient également à abandonner cette promesse de campagne qui a tenu à coeur à beaucoup de Français: que le pays autoproclamé “des droits de l’Homme” oeuvre à les promouvoir davantage dans ses relations avec le reste du monde (cf. Nicolas Sarkozy en campagne: “Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes“).

A chacun de juger le travail effectué par Mme Yade. Il n’en reste pas moins que mettre le secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme à la poubelle après seulement deux ans d’existence est un triste aveu d’échec.


June 23, 2009 | 7:06 AM Comments  0 comments

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Quelqu’un qui ne ressemble à personne


J’ai rêvé que quelqu’un viendrait

J’ai rêvé d’une étoile rouge

et mes paupières sursautent

et mes chaussures se rassemblent

Que je devienne aveugle

si je mens!

J’ai rêvé de l’étoile rouge

quand je ne dormais pas

Quelqu’un viendra

Quelqu’un viendra

Une autre personne

Une personne meilleure

Quelqu’un qui ne ressemble à personne

qui ne ressemble pas au père

ni à Ensi, ni à Yahya, ni à la mère

Il ressemble à celui qu’il faut

et il est plus grand que les arbres

de la maison du maçon

et son visage est plus lumineux

que celui de l’Imâm du Temps

Et il n’a pas peur du frère de Seyed Djavâd

qui est allé porter l’uniforme des policiers

et qui n’a même pas peur de Seyed Djavâd lui-même

à qui appartiennent toutes les chambres de notre maison

Et qui s’appelle comme la mère le cite

au début et à la fin de sa prière

le Juge des Juges

ou bien

la Récompense des Récompenses

Et qui peut, les yeux fermés, lire

tous les mots difficiles dans le livre de troisième

Et qui peut, sans faute, soustraire mille

de vingt millions

Et qui peut acheter à crédit

tout ce dont il a besoin chez Seyed Djavâd

Et peut faire en sorte que la lampe d’ “Allah”

qui était verte, verte comme le matin très tôt,

s’allume de nouveau au ciel de la mosquée Meftâhiân

Oh…!

Comme c’est bon la lumière!

Comme c’est bon la lumière!

Et moi, combien j’ai envie

que Yahya possède un chariot

et une lampe à huile

et moi combien j’ai envie de m’asseoir

au milieu des pastèques et des melons d’eau

dans le chariot de Yahya

et de tourner autour de la place

de Mohammadieh

Oh…!

Comme c’est bon de tourner autour de la place!

Comme c’est bon de dormir sur le toît de la maison!

Comme c’est bon d’aller au jardin public!

Comme c’est bon le goût du Pepsi!

Comme c’est bon le cinéma de Fardine!

Et combien j’aime toutes les bonnes choses!

Et moi, combien j’aime tirer les cheveux de la fille de Seyed Djavâd!

Pourquoi suis-je si petite

que j’en perds toujours mon chemin?

Pourquoi le père qui n’est pas aussi petit

et qui ne perd pas son chemin

ne fait rien pour que la personne

qui est venue dans mon rêve

avance le jour de sa venue?

Et pourquoi les gens du quartier de l’abattoir

dont la terre du jardin est tachée de sang

et dont l’eau du bassin de la maison

est tachée de sang

et dont la semelle des chaussures

est aussi tachée de sang,

ne font rien, ne font rien?

Combien est paresseux le soleil d’hiver!

J’ai balayé le toit de la maison

et j’ai aussi lavé les vitres de la fenêtre

Pourquoi le père rêve-t-il

seulement quand il dort?

J’ai balayé le toit de la maison

et j’ai aussi lavé les vitres de la fenêtre

Quelqu’un viendra

Quelqu’un viendra

Quelqu’un qui est dans son coeur avec nous,

qui est dans son souffle avec nous,

qui est dans sa voix avec nous

Quelqu’un que l’on ne peut pas arrêter,

menotter et envoyer en prison,

quelqu’un qui est né

sous l’arbre ancien de Yahya

et qui grandit de jour en jour

Quelqu’un viendra

de la pluie, du bruit de la pluie

des murmures des fleurs de pétunia

Quelqu’un viendra

le soir du feu d’artifice,

du ciel du quartier Toupkhâneh

Il mettra la nappe

Et partagera le pain

Et partagera le Pepsi

Et partagera le jardin public

Et partagera le sirop pour la coqueluche

Et partagera le jour de l’inscription

Et partagera les tickets d’entrée à l’hôpital

Et partagera les bottes en caoutchouc

Et partagera le cinéma de Fardine

Et partagera les arbres de la fille de Seyed Djavâd

Et partagera tout ce qui est invendu

Et nous donnera notre part

J’en ai rêvé…


Forough Farrokhzad

(Trad. Jalal Alavinia, extrait de La Conquête du jardin, Ed° Lettres Persanes, 2005)


June 14, 2009 | 10:06 AM Comments  0 comments

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Blog2Bar – Refectorium du Palais de la Paix, La Haye (4 juin 2009)


Il sera bientôt midi et j’aurai bientôt faim, mais en attendant je me retrouve ici, au milieu du placide ventre mou de la justice internationale, au Palais de la Paix à La Haye. C’est ici que fut fondé il y a une centaine d’années le premier tribunal international chargé de veiller à ce que les états règlent leurs différends avec des mots plutôt qu’avec des balles. Si l’idée est belle et plutôt sympathique, elle semble ne pas encore avoir complètement porté ses fruits. Le palais lui en revanche est très abouti. Tourelles, horloge dorée à l’or fin, statue géante d’un chat noir, parterre de fleurs, fontaine ornée de phoques et d’ours polaires, bibliothèque flottant entre ciel et terre, vases, tapis, chaises rembourrées, bassin canardé, buissons bien taillés, tout ici exprime l’ordre. Un peu comme si, à défaut d’être parvenus à l’apporter au monde, les juges avaient remonté leurs jupons, retroussé leurs manches et tenté d’apporter l’ordre à leur jardin. C’est déjà ça après tout. Et puis au prix que ça coûte, il faut bien que ça serve à quelque chose un magistrat international.

Le Palais de la Paix, La Haye (Pays-Bas)
Le Palais de la Paix, La Haye (Pays-Bas)

Tout en brique rouge hollandaise, comme la plupart des vieux bâtiments de La Haye, le Palais de la Paix a été conçu par un architecte français, construit par des ouvriers du monde entier (venus chacun installer la partie offerte par leur pays) et contient une collection incroyable de bibelots internationaux: des immenses tapis persans à un énorme vase en jaspe russe de 3200 kilos en passant par une réplique du Christ des Andes, des tapisseries japonaises et une allégorie américaine de la paix en petite tenue. Un magnifique exemple de coopération internationale. Ce qui est un peu triste c’est que la coopération se soit arrêtée là. Une fois la dernière brique posée, le ruban coupé, le gâteau mangé, on a compté jusqu’à trois et on a recommencé à s’estourbir les binettes. L’enfer est pavé de bonnes intentions et le Palais de la Paix bourré de déclarations d’amour. On dirait presque un musée du Lennonisme, le rock’n'roll en moins. Et puis John Lennon, lui, avait un certain sens de l’ironie. Quand je regarde l’ours polaire de la fontaine et qu’il m’affirme que le droit international protège les peuples du monde entier, je ne peux m’empêcher de lui raconter en riant l’histoire du président Wilson de passage de ce côté-ci de l’atlantique. Venu en France à la fin de la première guerre mondiale, il avait rencontré Clemenceau à Versailles. A l’époque, le président américain était un des principaux promoteurs du projet de Société des Nations, l’ancêtre des Nations Unies. Il tentait de convaincre les hommes politiques de tous les pays du monde de travailler ensemble et de reconnaître un droit international qui garantirait le règlement des différends entre pays autrement que par la guerre. Au déjeuner, Wilson avait tellement rabattu les oreilles du tigren Clemenceau avec ces histoires que ce dernier, pointant du doigt la volaille rôtie qu’on venait de leur apporter, lui dit d’un ton railleur “vous voyez ce poulet? eh bien c’est un poulet qui croyait au droit international”.

“Ridicule!” me répond sèchement l’ours polaire, “plusieurs des Conventions de La Haye et de Genève étaient déjà en vigueur à l’époque, en conséquence si ce poulet était décédé d’une cause non-naturelle lors d’un conflit opposant plusieurs états cela aurait constitué une claire violation du droit international. En effet les traités précisaient déjà que les civils ne devaient pas être pris pour cibles lors des guerres”.

- Et depuis quand les poulets sont des civils?

- Là n’est pas la question! Je vois qu’on ne peut vraiment pas discuter sérieusement avec vous.”

Je n’avais jamais dit qu’on pouvait discuter sérieusement avec moi. Je n’ai jamais prétendu être un sérieux discuteur et encore moins un Palais de la Paix. Je suis juste moi, un moi qui aime bien les histoires drôles et les boissons chaudes, un moi qui trouve ça sympa de construire des châteaux pour la paix, le bonheur ou l’amour mais qui a quand même quelques doutes quant à leur efficacité. Enfin, puisque même les statues ne veulent plus discuter avec moi, je n’ai plus qu’à retourner à mes moutons imaginaires.

La fontaine aux ours polaires offerte au Palais de la Paix par le Groenland
La fontaine aux ours polaires offerte au Palais de la Paix par le Groenland

Ici dans le refectorium, c’est le silence absolu. Après s’être occupée d’encaisser les frais de ma réhydratation, la caissière s’est enfoncée dans une rêverie aussi silencieuse que la fin du monde. Est-ce à ça que ressemblerait la paix perpétuelle? Est-ce qu’on boirait tous calmement des infusions dans des maisons en briques? Est-ce qu’on regarderait tomber la pluie par la fenêtre en se disant qu’on s’en fout parce qu’on est au chaud et qu’on est heureux? Est-ce que nos bisous auraient plus d’amour, nos fruits plus de goût?

Le refectorium (disons la cafétéria) du Palais de la Paix
Le refectorium (disons la cafétéria) du Palais de la Paix

La tisane tourne dans ma tasse et moi je tourne dans ma tête. J’ai eu la chance de grandir dans la paix alors c’est peut-être un peu indécent de ma part de plaisanter sur ce sujet. Si mes parents n’avaient pas pu partir d’Iran en 1980, j’aurais connu la guerre comme la plupart des gens qui sont restés là-bas. Ce n’était pas une guerre plus importante que les autres, juste une guerre dégueulasse, comme toutes les autres. A quelques mois près j’aurais eu une vie complètement différente. Comme tellement de monde. Ceux qui sont nés là où il ne fallait pas. Du mauvais côté de la ligne. Il y a déjà tellement de problèmes dans la vie (rien que changer une roue ou remplir une déclaration d’impôts), tellement de choses dures qui nous tombent dessus, pourquoi en plus de ça aller chercher des fourches, des bâtons et se donner des coups de pique? Pour la liberté, pour la justice, peut-être, mais alors très vite et seulement si vraiment rien d’autre ne marche, mais pour la nation? pour que ce soit mon drapeau accroché en haut du poteau et pas le tien? ma langue dans ta bouche et pas la tienne dans la mienne? (oui, cette phrase est un peu ambigüe, mais c’est là tout le charme du multiculturalisme) vraiment ça je ne peux pas le comprendre. Je peux comprendre qu’un groupe veuille préserver ou promouvoir sa culture, ça oui, mais qu’on égorge des gens pour cela, je trouve ça vraiment indélicat (et passablement catastrophique).

Ce qu’il faut faire, je n’en sais rien. D’ailleurs que je sache ou que je ne sache pas, ça ne changera sûrement pas grand chose. Un peu comme ce Palais. C’est très bien qu’il soit convaincu qu’il faille la paix dans le monde, mais ce ne sont pas ses tourelles qui vont arrêter les missiles en plein vol. Et ses juges jardiniers auront du mal à faire fleurir la paix tant qu’on ne leur donnera pas de quoi arroser les graines. Il y a toutefois une chose positive dans ce Palais, c’est la tisane. Elle est douce et apaisante. Peut-être que c’est aussi simple que ça, après tout. Peut-être que personne n’y a pensé. Il suffirait de servir de la tisane aux chefs d’états et de leur parler tout doucement comme le fait la caissière. Ne vous inquiétez pas, on va trouver une solution, tout ira bien, ça fera 50 cents s’il vous plaît. En plus elle est trilingue. Je pense que c’est elle qu’on devrait prendre comme prochain Secrétaire Général des Nations Unies. D’abord elle est sympa puis surtout elle est très calme. Dès qu’elle entrera dans la pièce, tous les présidents de toutes les républiques, les têtes couronnées et les épaules galonnées se sentiront d’un coup à l’aise. Un peu comme quand maman amène des boissons chaudes et qu’on regarde la pluie s’écraser sur la fenêtre. Le monde a besoin d’une bonne tisane et d’un après-midi tranquille à la maison. A force de tourner 24 heures sur 24 il est tellement au bout du rouleau qu’il n’en finit plus de craquer: guerres civiles, émeutes, éruptions volcaniques… Il faut qu’il se détende un petit peu, qu’il se rappelle que nous sommes tous des frères (et des soeurs) et que les petites lignes qu’on a tracées par terre c’était juste pour rigoler. Des petits traits d’union qu’on a dessinés un mardi parce qu’on s’ennuyait, qu’on avait vu des loups marquer des territoires et qu’on avait trouvé ça marrant de les imiter. Faut que j’en parle à la caissière. Là elle est plongée dans ses pensées alors je n’ose pas la déranger mais tout-à-l’heure quand j’irai reprendre une tisane je lui en toucherai un mot. Ce serait chouette et puis comme on aurait finalement la paix dans le monde, ses amis ne la chambreraient plus quand elle dirait qu’elle travaille au “Palais de la Paix”.



June 4, 2009 | 7:06 AM Comments  0 comments

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Les aventures de Mox le traducteur


Il n’est pas fréquent de voir des personnages de fiction faire le joli métier de traducteur. Tout le monde pense savoir à peu près en quoi ce travail consiste (s’asseoir, allumer son ordinateur, feuilleter son dictionnaire, traduire) pourtant -comme pour tous les métiers- il y a plein d’aspects auxquels on ne pense pas forcément tant qu’on n’a pas soi-même travaillé dans ce domaine ou vu un traducteur de près. Alejandro Morenos Ramos (traducteur professionnel) vient de créer une bande-dessinnée humoristique racontant les déboires professionnels de Mox, un traducteur freelance jonglant entre le travail (et toutes ses complications), sa petite amie et sa tortue. Une réflexion sympathique sur ce métier pas si connu.


June 3, 2009 | 4:06 AM Comments  0 comments

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Blog2Bar – Sol beach, 27 mai 2009


L’après-midi commence bien: il ne fait pas spécialement moche, j’ai mangé deux aubergines à moi tout seul et les problèmes d’hier sont réglés aujourd’hui. A quelques mètres de moi, un type d’un certain âge demande une jeune fille en mariage. Embarassée, elle repousse le petit coffret puis serre le type dans ses bras. Je ne sais pas exactement ce qu’ils se disent mais ça ne sent pas la joie. La serveuse arrive et débarasse leur table. Elle leur demande s’ils prendront autre chose. On dirait que le type a envie de mourir et de tuer la serveuse au passage. Elle efface immédiatement son sourire et disparaît sans un mot. Elle doit être habituée à arriver au mauvais moment, ça fait partie des risques du métier. Témoin involontaire des bons et mals heurs de sa clientèle, elle doit s’adapter, comprendre rapidement ce qui se passe puis le cas échéant se faire oublier.

Sol beach, Scheveningen, Pays-Bas
Sol beach, Scheveningen, Pays-Bas

Un RnB sirupeux flotte dans la pièce. “Love you, love you, oh baby baby”. Le type cherche dans la poche de sa veste de quoi payer l’addition. Il voulait partager le reste de sa vie avec cette demoiselle mais elle lui a dit “non merci baby”. “Love you, love you” fredonne la serveuse cachée derrière le comptoir. Le type lorgne rageusement dans ma direction. Je me retourne pour découvrir derrière moi un couple de retraités gloussant devant des tartes. Il les assassine du regard tout en posant un billet sur la table. Son amie a déjà remis son manteau et mâche nerveusement un chewing gum en l’attendant. La serveuse hoche la tête au son de la musique. Dehors, le vent se lève. Des enfants jouent à ouvrir les bras et se laisser emporter. A l’abri de plusieurs paravents, un homme prépare une sculpture en sable. Un berger allemand suit avec enthousiasme une dame portant un grand tam-tam. Sur ma table des myosotis myosotent dans leur pot en attendant que je finisse mon café. Tiens, je sais maintenant commander du café dans une dizaine de langues. C’est vrai qu’il y a des trucs plus impressionnants comme marcher sur les mains ou avoir une très longue moustache, mais c’est quand même quelque chose. Si nous sombrons dans une 3e guerre mondiale ou que la civilisation est engloutie par la montée des eaux, je disparaîtrai avec la satisfaction du devoir accompli, la certitude d’avoir mis mes 28 années de vie à bon usage, sachant en mon for intérieur que si l’occasion s’était présentée j’aurais pu demander du café dans dix idiomes différents.

La dixième de ces langues est le persan et c’est en vérité seulement cette semaine que j’ai appris à convenablement me cafféïner à l’iranienne. Je savais bien sûr déjà - avec un vocabulaire approximatif et un accent déplorable – demander que l’on verse quelques gouttes  de jus de filtre dans ma tasse, mais c’est désormais la tête haute et le sourcil fier que j’exige mes boissons chaudes en persan. Ces facultés linguistiques fraîchement acquises je les dois à une méthode de langue américaine qui m’a permis de faire en quelques semaines davantage de progrès qu’en trois décennies de consommation de tchélo kabab. Une méthode qui ne m’a rien appris sur le parfum des fleurs ou le sens du frisson mais qui m’a enseigné l’art subtil de l’emprunt d’argent aux amis (leçons n°13 et 14) et du marchandage (leçons n°14, 15 et 16). Monsieur Pimsleur et sa méthode éponyme n’éduquent en effet pas seulement les élèves sur les particularités de la grammaire persane ou la consommation de boissons chaudes, ils enseignement à qui veut bien les écouter le fonctionnement des relations sociales iraniennes. “Imaginez que vous êtes au bazar. Vous voyez un article qui vous plaît, demandez son prix au vendeur. Kheymatech tchand é? Il vous répond que l’article coûte 50.000 tomans, mais il y a beaucoup de bruit dans le bazar et vous n’avez pas bien entendu. Demandez-lui ce qu’il a dit. Tchi goftid? Il en profite pour augmenter le prix et vous répond: 52.000 tomans. Dites-lui que c’est trop cher. Kheyli geroun é. Vous lui proposez 30.000 tomans, comment dira-t-il: ‘non, ce n’est pas possible’ ? Na, némiché! Il vous propose alors de baisser le prix à 45.000 tomans, comment lui dites-vous que vous n’avez pas cette somme sur vous? Ounkhadr poul baham nist. Dites-lui aurevoir et faites mine de partir. Khoda hafez! Il vous interpelle et vous propose l’article pour 35.000 tomans.”

Je vous passe les leçons sympas sur les manières de demander de l’argent à des proches et celles sur les façons de refuser poliment ces demandes de prêt. Ce qui m’a un peu surpris, c’est qu’ils n’évoquent pas le fameux “Ghabel nadaré” si typiquement iranien. Ce petit jeu qui consiste pour un vendeur – même au terme d’un âpre marchandage – à dire à son client que pour lui “c’est gratuit”. Ce à quoi le client doit bien sûr répondre avec insistance qu’il n’en sera rien. On se renvoie la balle une ou deux fois puis on passe à la caisse. Cette expression s’emploie partout, du taxi illégal au bureau de poste en passant par les épiceries ou les restaurants, tout est toujours “gratuit pour vous”, mais vous êtes si résolu à payer que vous le faites quand même. Dans le même genre il y a la drôle d’expression “Ghorban-é choma” qui signifie littérallement “je suis votre esclave”. On le dit en refusant d’entrer en premier quand quelqu’un tient la porte, quand on se bat pour le privilège de porter les sacs de quelqu’un ou pour ponctuer n’importe quelle surenchêre de politesses. Pour moi qui étais habitué aux “allez hop, papiers” des gardiens de la paix, c’était assez étrange d’entendre un policier me dire “je suis votre esclave”. Ca ne les empêche pas bien sûr de passer aux poignets de beaucoup de gens de petits bracelets, mais c’est si joliment dit…

Le fianceur et sa fuyante sont partis depuis un bon bout de temps. Les retraités ont chacun avalé trois parts de tarte et décampé. La serveuse à queue de cheval est devenue un serveur à boucle de nez. Les myosotis fixent perplexes une bougie qui vient d’arriver sur notre table. Le serveur me demande ce que je veux boire et je n’en ai aucune idée. Il me signale une promotion spéciale sur les tartes – moi qui croyais que les doyens avaient tout mangé -. Pour 4 euros 50, je me verrais gratifié d’une part de tarte de mon choix et d’une boisson chaude. J’essaie de marchander. “On dit 3 euros?”. Gêné, le serveur m’explique que ce sera 4 euros 50. Je tente alors 3 euros 50. Il me dit que pour ce prix je peux avoir une part de tarte mais pas la boisson. C’est un coriace. Et si je faisais mine de partir? Je suis sûr qu’il me courrait après avec une tarte aux poires et une pleine théière d’earl grey. Je le regarde droit dans les yeux et je mets mon écharpe. Il ne bronche pas. Ah tu penses que je bluffe, hein? Ben regarde bien. Je mets mon manteau et je me lève. Il me dit aurevoir. Il pense sûrement que je vais craquer et lui lâcher ses 4 euros 50, c’est mal me connaître. Je ne suis pas un pigeon du dimanche moi, je suis un élève de maître Pimsleur.

Bon, ça fait dix minutes que je suis sorti. J’ai l’impression qu’il ne viendra pas me chercher. Peut-être qu’il voulait accepter mon prix mais qu’il a un patron très strict, peut-être même que le marchandage vient d’être interdit par une nouvelle directive européenne. Satanée Commission européenne qui bombarde le monde de directives sans penser aux aspirations légitimes des marchandeurs indépendants. Le voila qui passe devant la fenêtre. Il doit m’avoir vu. Il attend sûrement que la nuit tombe pour m’apporter ma tarte et mon thé à l’abri des regards. Je ne peux pas lui en vouloir, après tout il mettrait en danger sa carrière s’il me servait en plein jour. Mais que faire d’ici là? Il n’est que cinq heures et le soleil se couche à neuf heures ces jours-ci. Acheter du pain et le jeter aux mouettes? Acheter des bonbons et les distribuer aux enfants? A ce prix-là, si je remballais ma fierté je pourrais être au chaud à boire du thé en mangeant du gâteau. Si tel est mon destin alors je l’accepte. La Commission européenne a gagné, cette fois-ci, mais je n’ai pas dit mon dernier mot.


May 27, 2009 | 1:05 AM Comments  0 comments

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keyvan   keyvan Keyvan Sayar's TIGblog
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Blog2Bar – Au Copacabana, 20 mai 2009


“Fairse chudoringe”, c’est ce que m’a proposé le serveur quand je lui ai demandé s’il avait des jus de fruits frais. “Chudoringe” c’est du jus d’orange en français dans le texte et en néerlandais dans l’accent. Le soleil brille aujourd’hui sur Scheveningen et la moitié de la ville est venue s’allonger sur la plage. C’est assez drôle de se promener au bord de l’eau pendant les beaux jours, les bars à thème se suivent et différentes tribus se dorent au soleil sur leurs terrasses ensablées. Au Veronica’s, de joyeux retraités prennent la lumière en string ficelle, au Cocomo’s des jeunes tatoués sirotent des bières affalés sur d’énormes coussins violets, au Blue Lagoon, des juristes déboutonnés enlèvent leurs chaussettes en pointant les pieds vers la mer et ici au Copacabana des familles en vacances mangent des tartes aux pommes sur des chaises longues. Pendant que les parents mangent, les enfants font des pâtés de sable et je me laisse captiver par un feu artificiel qui brûle à côté de moi. Mon chudoringe vient d’arriver et me dévisage avec ses petits yeux oranges.

” – Qu’est-ce que tu veux?

- Ben, te boire.

- Et pourquoi?

- Parce que j’ai soif!

- Et t’as rien trouvé d’autre à boire? tu pouvais pas te contenter d’un verre d’eau du robinet comme tout l’monde?

- Ben c’est qu’en fait je sors tout juste d’une grosse grippe alors faut que je fasse attention, faut que je prenne des vitamines.

- Ah ouais, et les vitamines dans tout ça, c’est moi n’est-ce pas?

- Euh oui…

- Eh ben bravo! Et si j’avais envie d’me les garder mes vitamines? Si j’avais envie de retourner dans mon arbre au Maroc avec ma famille orange, comment faudrait qu’je fasse? Ah t’y as pas pensé à ça!

- Euh ben…

- Non non bien sûr, monsieur veut ses vitamines et pour ça il est prêt à tout, même à détruire la vie de gentils fruits qui lui ont rien fait!

- Oui mais attends, tout l’monde fait ça!

- Tout l’monde! Eh bien alors bonjour monsieur tout l’monde! Vas-y, allez, bois-moi qu’on en finisse!”

Quand tu commences à avoir des remords en songeant au destin tragique des oranges pressées, c’est pas bon signe. C’est que tu as vraiment regardé trop de films d’animation américains. C’est vrai ces dernières années les Etats-Unis ont innondé les cinés d’histoires de chiens, de chats et de kung-fu pandas. Des animaux sympas qui ne font pas de mal à une mouche, s’embrassent sur la bouche et devant le moindre bout de viande jouent les Sainte n’y touche. Nos têtes blondes (enfin les vôtres puisque je n’ai pas encore contribué au renouvellement du monde) suivent avec passion les aventures d’un lion zoologique ami avec un zèbre, qui, coincé à Madagascar -sans personne pour le nourrir- commence à avoir des vues sur les pattes de son camarade à rayures. On savait que l’homme est un loup pour l’homme mais en regardant ce film on découvre avec effroi que le lion est un lion pour le zèbre. Cet animal sans scrupules serait en effet apparemment prêt à manger d’autres êtres vivants pour survivre. Le film, pourtant promu par la plus grande chaîne de sandwiches chauds du monde, nous le montre d’une façon poignante. Un zèbre si attachant avec un coeur gros comme une petite patate pourrait se faire lacérer puis dévorer par un lion à la crinière débordante. Mais -miracle hollywoodien- leur relation est sauvée par l’astuce de pingouins débrouillards qui convainquent le roi des animaux de troquer les amicales côtelettes pour de jolis sushis nippons (ce qui est beaucoup moins grâve car les poissons n’ont pas d’âme). Dans le même registre, un autre film d’il y a quelques années mettait en scène un requin végétarien qui ne parvenait pas à faire son “coming out” devant son carnivore de père.

Copacabana beach club, Scheveningen, Pays-Bas

Le Copacabana beach club, Scheveningen, Pays-Bas

Peut-être que regarder davantage de films de guerre ou de gangsters m’aiderait à boire mon jus d’orange. “Les jeunes d’aujourd’hui, ils ont rien dans l’ventre” m’expliquait il y a quelques années mon concierge, “ce qu’il leur faudrait c’est un bon film de guerre”. Me disant qu’il avait peut-être raison, j’avais loué sur le champ Rambo III à mon vidéo-club. A l’époque Sylvester Stallone venait aider Ousama Ben Laden et le commandant Massoud à libérer l’Afghanistan de l’occupation désagréable de vils communistes soviétiques. Monsieur Stallone exterminait les méchants à tours de bras et avait réussi -à lui seul, vers la fin du film- à faire basculer le conflit dans le bon sens. Il n’avait sûrement pas vu venir le coup des Talibans ou du onze septembre alors je lui en veux pas trop, mais depuis ce jour-là je me dis que lui et mon gardien sont quand même un peu cons. Nous le sommes d’ailleurs tous, moi avec mes états d’âme devant mon chudoringe, monsieur Stallone tendant une grenade à un enfant et lui disant “fais-tout péter Moustafa!”, mon oncle qui a le droit de vote mais qui impute tous les maux du monde au maire de sa ville, mon boulanger qui penser savoir lire l’avenir dans les croûtes de pain mais qui ne comprend pas que ce n’est pas à la salle de sport que sa femme se rend tous les mercredis soir… C’est peut-être celà qui fait le charme de notre grand monde, les contrastes saisissants entre nos folies respectives, les différences étonnantes entre nos biaisements de tête, la cacophonie de nos imbécilités singulières. Je n’écris pas celà avec amertume bien au contraire, car s’il y a des conneries tristes, il y en a d’autres qui sont éminemment joyeuses. Reconnaître qu’une activité, une idée, une posture est conne est peut-être d’ailleurs l’acte d’émancipation suprême, à condition bien entendu de ne pas balayer ladite “connerie” d’un revers de la main mais de la prendre à bras le corps, de la revendiquer. Moi par exemple je suis végétarien, non-violent, pacifiste et partisan des droits de l’homme. De vraies conneries, des conneries si belles qu’elles valent la peine qu’on se batte pour elles, qu’on leur dédie sa vie, mais en gardant à l’esprit que -comme le pingouin qui voudrait convaincre un lion de changer de régime alimentaire- c’est peut-être fou et contre nature d’espérer voir ces idées se réaliser, c’est peut-être un peu naïf, un peu con-con. Assis sur ce doute fondamental, on ne se permettra donc pas de mépriser ceux qui ne pensent pas comme nous et on aura peut-être même un peu plus d’estime pour les gens qui -pleinement conscients des difficultés auxquelles ils devront faire face- choisissent tout de même d’assumer telle ou telle cause, tel ou tel mode de vie, telle ou telle folie. Et puis zut à la fin, je vais le boire ce jus d’orange!

Les enfants courent dans tous les sens, on dirait qu’ils ont trouvé un trésor, une trousse à maquillage ensevelie ou peut-être les économies perdues d’un de leurs confrères de petit âge. Ils ont 4, 5, 6 ans, ils creusent un trou, s’agitent un peu autour et sont heureux. S’il me faut plus que ça pour trouver le bonheur, c’est que j’ai mal vieilli. Je ne suis après tout moi aussi rien d’autre qu’un bébé. Un bébé poilu, barbu, barbé mais un bébé tout de même. Je me surprends à rire de bon coeur comme si j’avais moi aussi trouvé ce trésor. Et maintenant que les hauts-parleurs passent “Yo viviré”, je fais une danse de l’amour et de la mort avec ma cuiller et ma petite fourchette, une salsa passionnée sur le coin de la table. C’est la fourchette qui mène la danse mais c’est la cuiller qui enflamme la piste. Elle tourne, tourne et reflète mille éclats de toute la lumière du monde. Qui a dit qu’une fourchette était faite pour fourcher, une cuiller pour loucher, un garçon pour garcer? La vie est une chanson, nous sommes là pour danser!


May 20, 2009 | 2:05 AM Comments  0 comments

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keyvan   keyvan Keyvan Sayar's TIGblog
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Blog2Bar – Thalys Bar, 7 mai 2009


Je ne sais pas si le bar du Thalys compte vraiment en tant que bar. Les happy few diront que non, les soiffards ferroviaires diront que si. Le fait est en tout cas que je me retrouve ici, entre deux villes à glisser sur des rails en buvant du thé. Il est 8h20, c’est mon 3e train ce matin, il me reste encore 2 métros, 2 trains et 1 tramway à prendre pour arriver à ma destination finale, le Palais des Nations à Genève. C’est ma façon écologique de ne pas payer un billet d’avion et par la même occasion d’éviter cette grippe porcine dont toutes les chaînes de télévision nous parlent (en même temps, vu l’hygiène de vie de nos amis les porcs, fallait pas s’étonner de tomber malade à force de se frotter à leurs jolis groins roses). Mon thé est biologique, équitable et por rang*, mes cheveux sont bien peignés, ma cravate est bien droite, bref je vis, l’espace de quelques instants dans un monde parfait. Pas au sens premier du mot bien entendu, mais au sens dernier. Si la vie, qui est toujours pleine de surprises, se foutait définitivement de ma gueule et que je n’avais plus rien à espérer d’elle, alors peut-être que cette étrage harmonie proprette costumisée serait quelque chose à quoi s’accrocher. Pas une bouée de sauvetage, plutôt un radeau de naufrage duquel je regarderais médusé un horizon désespérement multilatéral glouglouter devant moi. Moi, ma tignasse, ma cravate et mon gobelet de thé sur un bout de bois à la dérive. Ce serait anticonstitutionnel, enfin non, pas du tout, mais en tout cas il faudrait des mots très longs et compliqués -qui ne me viennent pas à l’esprit maintenant- pour décrire ce sentiment étrange.

Le Thalys Bar

Le Thalys Bar

En anglais il y a cette expresssion “ne sois pas un costume vide”, ne sois pas un petit robot triste qui fait bêtement son boulot triste sans se poser de questions, tout fier de porter un beau costume triste et d’être quelqu’un. Je pense toujours à cette phrase quand je mets un costume. Je n’en mets pas si souvent que ça en fin de compte et c’est toujours pour faire quelque chose d’un peu sérieux. Aller au Parlement, à l’ONU, à la poste, vanter mes mérites dans un entretien d’embauche… Je mets des costumes pour être un peu “mieux” que d’habitude, pour que mon petit cou inquiet dépasse de quelque chose de plus glorieux qu’une chemisette à fleurs. Ma tête et le reste de ma corpulence emballés dans du tissu précieux convainquent apparemment plus facilement le monde qu’emballés dans du coton mêlé à du pryloxinide de plastoque. En d’autres termes, “quand tu mets tes costumes on dirait un mélange du prince Charles et de Brandon de Beverly Hills, ça claque grave la vie d’sa mère” comme dit mon cousin. En plus “avec ds ourlets de malade comme ça, j’suis sûr qu’direct on t’laisse entrer dans toutes les boîtes de nuit d’New York, même celle de Bruce Willis”. Le reste, je ne sais pas trop, c’est vrai que le travail dans les droits de l’Homme me vaut des oh et des ah admiratifs, mais en attendant je rentre bien souvent bredouille, ce qui, dans tout autre secteur d’activité, suffirait à mettre en cause la qualité de mes costumes ou de mes performances. “Alors Keyvan, ça y est? Y a les droits de l’homme dans le monde?

- Euh nan, pas encore…

- Ah bon? Mais t’as pas passé ta semaine à leur expliquer qu’il fallait des droits et tout le bazar?

- Ben si.

- Oui mais tu leur as dit clairement ou t’as encore fait le coup des paraboles et des tournures de phrases bizarres à la Montesquieur?

- Nan nan, j’ai été plutôt clair…

- Plutôt! Non mais Keyvan tu crois vraiment qu’c'est avec des plutôt qu’on va changer le monde? Ah ça vraiment c’est toi, j’te prête ma meilleure cravate, j’te trouve du gel fixation extra forte un dimanche à 23h alors que tout est fermé et toi tu fous tout en l’air avec des plutôt! Vraiment Keyvan tu fais chier!”

Là tout de suite, dans mon bar mobile, j’ai juste envie d’écrire. Ca sauve pas le monde, je sais pas exactement à quoi ça sert, mais ça me rend heureux.

La serveuse baisse le petit volet du comptoir, nous sommes presque arrivés. Elle soupire en disant qu’elle n’est pas du matin puis sourit. Là tout de suite, si la vie s’arrêtait, elle quitterait ce monde sur un constat tragique: c’est le matin, j’suis pas du matin, crac je suis morte. J’étais sympa, j’avais un chien, mais on a rejeté ma demande de prolongation temporaire d’existence au motif que je me plaignais trop. Le patron n’aime pas les jérémiades il paraît. Ca lui hérisse les poils du dos. Oui il a des poils sur le dos, d’ailleurs à ce qu’on dit ça rend les gens plus susceptibles.

Il est 9h37, le train arrive officiellement dans une minute. Je dois filer. Arriver. Repartir. Me rassoir dans une succession de petits trains. Tchou Tchou. Si je survis à ce voyage, il me restera encore plein de défis à relever, de bêtises à faire, de châteaux de sable à construire. Je vais faire en sorte de ne pas être un costume vide, ne serait-ce qu’en remplissant mes poches de carambars.

*à l’iranienne on fait du thé très fort dans une théière et on ajoute de l’eau pour le diluer. “Por rang” veut dire bien coloré, donc peu dilué, donc fort.


May 7, 2009 | 6:05 AM Comments  0 comments

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keyvan   keyvan Keyvan Sayar's TIGblog
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Blog2Bar - Au BooNooNooNoo, 29 avril 2009


C’est officiel, ceci est mon premier blog de bar. Les jeunes filles du 20e siècle tenaient des journaux intimes, les jeunes punks du 21e siècle tiennent des blogs de bar. C’est la seule façon de vivre, enfin si j’en crois la radio. Le concept est assez simple, il s’agit de bloguer dans un bar. Ecrire des phrases, raconter des histoires pendant qu’un quartier se sirose le foie au son d’une musique envoûtante. Chaque article est un instantané, un recueil d’émotions vives et authentiques, de pensées, de bons mots, de philosophie du quotidien. Et mis bout à bout, les articles passent un message, indiquent un chemin. Au moins en théorie.

Il y a tant de livres, tant d’entreprises artistiques qui, à grand renforts de métaphores alambiquées et de parallèles tortueux, tentent, au bout de maintes pages, gravures, croquis, sculptures sur sable, de toucher du bout du doigt le secret le plus profond de la vie. Tant de tableaux, de morceaux de musique, de numéros de claquettes qui essaient de dire le grand tout sans pourtant le faire dès le départ. C’est insupportable, inacceptable, d’avoir à mastiquer 333 pages pour avoir enfin droit, entre les lignes, à la vision du monde de quelque narrateur glabre. Je ne vous ferai pas cet affront. Je n’attendrai pas les derniers articles de ce blog pour introspecter ce qui vous revient de plein droit chers lecteurs: mon âme. Je vais par conséquent, dès aujourd’hui gratter les croûtes de ma préconscience pour mettre à jour les pépites et les pépins de ma conscience du monde. J’espère chers lecteurs que ce sera pour vous une agréable distraction.


Un bout de la plage de Scheveningen (Pays-Bas)

Il est donc presque 20 heures et je suis au BooNooNooNoo sur la plage de Scheveningen. Une sorte de RnB lascif résonne dans la pièce. Devant moi une boisson jaune à mousse accompagnée d’une miche de pain et d’olives. Devant moi aussi la mer. Les bâteaux font la queue devant Hoek van Holland, le coin de la Hollande, ils attendent pour accoster au port de Rotterdam. Des flammes artificielles brûlent dans la pièce. Ca me fait penser à ces émissions où on envoie des couples sur des îles tropicales pour tester la force de leur amour. On met le type dans un jacuzzi avec une dizaine de filles payées pour le faire tromper sa femme et on met la femme dans un autre jacuzzi avec une dizaine de minets investis de la même mission. Ils ne se voient pas pendant 15 jours car ils sont à des endroits différents de l’île. Leur équipe de tentateurs leur sert des cocktails et se frotte à eux à moitié nus. Le soir l’animateur leur montre les ébats de leur moitié autour d’un feu de camp sur une plage. Le même feu qu’ici. Ca pleure, ça crie, ça se bouleverse, alors que l’un a autant fauté que l’autre. Ici sur ma petite plage de sable fin, le monde se limite à un menu de 5 pages, deux photos du Bouddha, un feu artificiel, une douzaine de tables et l’horizon infini. Ca ne pleure pas, ça ne crie pas, ça ne se bouleverse pas. Le monde est calme et plat comme un grand reposoir.

J’ai encore plein de trucs à régler ce soir et dans la vie, seulement je ne sais pas comment je vais faire. Je voudrais vivre avec un petit plus d’évidences, de choses auxquelles m’accrocher, d’impératifs à défendre, de carences par rapport auxquelles structurer mes déprimes. Je vais m’acheter des chaussures neuves. Vertes. Avec des rayures. J’avais de belles chaussures vertes à rayures jaunes, mais on m’a dit qu’elles étaient trop vieilles alors j’ai arrêté de les porter. C’était une erreur. Ne jamais arrêter de porter des chaussures, sauf si elles sentent vraiment mauvais, ou si elles commencent à prendre la pluie, ou si elles ont des cratères nucléaires. Ne jamais renoncer à ce qu’on est, même si ce n’est plus dans le coup. Un coup est si vite tiré.

Je vais me faire couper les cheveux. Il paraît que les cheveux longs nous permettent de capter les ondes émises par les autres êtres humains et les dauphins. Si je me fais raser la boule, je n’entendrai plus les échos du monde et je pourrai me concentrer un peu plus sur moi-même. Faire le point. Comprendre mes idées étranges. Peut-être même me surprendre. Le seul souci c’est que j’ai quand même des sourcils assez prononcés. Si je me rase la boule je ressemblerai à une grosse noix avec deux bandes noires au-dessus des yeux. Pas que ça me gêne mais ça risquerait quand même d’intimider pas mal de monde. Faudrait que je me prépare. J’ai jamais fait peur à personne jusqu’ici, sauf à mon petit cousin une fois, mais il avait 3 ans et je venais de lui lire un livre sur les vampires iraniens… et comme je suis à moitié-iranien ben il a cru que j’étais à moitié vampire. Je lui en veux pas, moi aussi je me serais mis à crier. C’est pas du racisme, c’est juste du doute, c’est le principe de précaution, d’ailleurs c’est dans la constitution le principe de précaution si je me trompe pas.

On vient de m’apporter une deuxième boisson jaune. J’avais fini la première. Een biertje. C’est mignon dit comme ça. Si on appelait ça de la pisse de cheval je suis sûr que ça se vendrait moins. N’en déplaise à Will Shakespeare, une rose, si elle portait un autre nom, n’aurait sûrement pas autant de succès. Si ça s’appelait une roublatelle, une crevisse ou une foissaille est-ce qu’on voudrait s’en voir offrir une douzaine avec sa bague de fiançailles? Est-ce qu’on se l’attacherait à la boutonnière en battant des paupières? C’est drôle d’ailleurs les noms de fleurs. Ayant grandi en ville, je ne connais pas grand chose à la botanique, à part le fait que quand on donne à une graine de l’eau et du soleil elle a tendance à s’épanouir, ce en quoi elle est nettement plus raisonable qu’un être humain. J’ai souvent vu en Irlande et ici aussi en Hollande, une fleur que je ne connaissais pas bien. En anglais elle s’appelait le daffodil. Un nom très sympa que j’avais croisé dans pas mal de vieux poèmes. En français on l’appelle la narcisse et le livre de symbologie que j’ai acheté sur les quais de Seine pour trois euros m’indique que si j’aime les narcisses c’est que je suis narcissique. Seulement voila, je n’aime les narcisses que depuis que je les ai découvertes, et là où je les ai découvertes elles n’ont rien à voir avec le narcissime. Ce sont juste de chouettes fleurs jaunes qui apportent de la couleur dans un monde pluvieux, et dès le mois de janvier en Irlande, ce qui est magnifique. On tousse sa crève, on renifle, on serre les poings dans ses poches en grelottant, tout n’est que précipitation(s), grisaille et vent quand soudain on voit une bande de daffodils jaunes en fleurs nous sourire. Les aimer veut-il dire qu’on ne pense qu’à soi-même? En vérité je n’en sais rien. Peut-être que oui après tout. Le livre de symbologie ne valait peut-être que trois euros mais il avait le mérite d’être un livre de symbologie. Même le type qui met une cravate et affirme connaître la vérité sur tout a du mérite, peut-être pas autant que celui qui connaît vraiment la vérité sur tout (à ce propos si vous le croisez, dites-lui que j’aimerais bien le rencontrer), mais il a du mérite dans la mesure où il a l’ambition d’être ce qu’il n’est pas et qu’il l’affirme publiquement au risque de faire l’objet de toutes sortes de moqueries, farces et attrapes.

Deux personnes viennent de me demander si les toilettes sont ici. J’ai apparemment choisi le coin le plus crado du bar pour établir mes quartiers, et, perçu par le public comme un professionnel de l’urinage et du soulagement intestinal, j’ai le privilège d’être associé à leurs préoccupations les plus pressantes. C’est donc sur cette pensée que j’aimerais conclure l’article d’aujourd’hui, de peur de devoir le faire tout-à-l’heure en raison de mes propres préoccupations, ce qui serait fort regrettable. Ils est 20h42, encore deux gorgées de jaune et je quitte le bar pour me fondre dans le soleil qui se couche. La vie est mystérieuse et c’est peut-être mieux ainsi.


May 2, 2009 | 4:05 AM Comments  0 comments

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Blog2Bar – Au BooNooNooNoo, 29 avril 2009


C’est officiel, ceci est mon premier blog de bar. Les jeunes filles du 20e siècle tenaient des journaux intimes, les jeunes punks du 21e siècle tiennent des blogs de bar. C’est la seule façon de vivre, enfin si j’en crois la radio. Le concept est assez simple, il s’agit de bloguer dans un bar. Ecrire des phrases, raconter des histoires pendant qu’un quartier se sirose le foie au son d’une musique envoûtante. Chaque article est un instantané, un recueil d’émotions vives et authentiques, de pensées, de bons mots, de philosophie du quotidien. Et mis bout à bout, les articles passent un message, indiquent un chemin. Au moins en théorie.

Il y a tant de livres, tant d’entreprises artistiques qui, à grand renforts de métaphores alambiquées et de parallèles tortueux, tentent, au bout de maintes pages, gravures, croquis, sculptures sur sable, de toucher du bout du doigt le secret le plus profond de la vie. Tant de tableaux, de morceaux de musique, de numéros de claquettes qui essaient de dire le grand tout sans pourtant le faire dès le départ. C’est insupportable, inacceptable, d’avoir à mastiquer 333 pages pour avoir enfin droit, entre les lignes, à la vision du monde de quelque narrateur glabre. Je ne vous ferai pas cet affront. Je n’attendrai pas les derniers articles de ce blog pour introspecter ce qui vous revient de plein droit chers lecteurs: mon âme. Je vais par conséquent, dès aujourd’hui gratter les croûtes de ma préconscience pour mettre à jour les pépites et les pépins de ma conscience du monde. J’espère chers lecteurs que ce sera pour vous une agréable distraction.


Un bout de la plage de Scheveningen (Pays-Bas)

Il est donc presque 20 heures et je suis au BooNooNooNoo sur la plage de Scheveningen. Une sorte de RnB lascif résonne dans la pièce. Devant moi une boisson jaune à mousse accompagnée d’une miche de pain et d’olives. Devant moi aussi la mer. Les bâteaux font la queue devant Hoek van Holland, le coin de la Hollande, ils attendent pour accoster au port de Rotterdam. Des flammes artificielles brûlent dans la pièce. Ca me fait penser à ces émissions où on envoie des couples sur des îles tropicales pour tester la force de leur amour. On met le type dans un jacuzzi avec une dizaine de filles payées pour le faire tromper sa femme et on met la femme dans un autre jacuzzi avec une dizaine de minets investis de la même mission. Ils ne se voient pas pendant 15 jours car ils sont à des endroits différents de l’île. Leur équipe de tentateurs leur sert des cocktails et se frotte à eux à moitié nus. Le soir l’animateur leur montre les ébats de leur moitié autour d’un feu de camp sur une plage. Le même feu qu’ici. Ca pleure, ça crie, ça se bouleverse, alors que l’un a autant fauté que l’autre. Ici sur ma petite plage de sable fin, le monde se limite à un menu de 5 pages, deux photos du Bouddha, un feu artificiel, une douzaine de tables et l’horizon infini. Ca ne pleure pas, ça ne crie pas, ça ne se bouleverse pas. Le monde est calme et plat comme un grand reposoir.

J’ai encore plein de trucs à régler ce soir et dans la vie, seulement je ne sais pas comment je vais faire. Je voudrais vivre avec un petit plus d’évidences, de choses auxquelles m’accrocher, d’impératifs à défendre, de carences par rapport auxquelles structurer mes déprimes. Je vais m’acheter des chaussures neuves. Vertes. Avec des rayures. J’avais de belles chaussures vertes à rayures jaunes, mais on m’a dit qu’elles étaient trop vieilles alors j’ai arrêté de les porter. C’était une erreur. Ne jamais arrêter de porter des chaussures, sauf si elles sentent vraiment mauvais, ou si elles commencent à prendre la pluie, ou si elles ont des cratères nucléaires. Ne jamais renoncer à ce qu’on est, même si ce n’est plus dans le coup. Un coup est si vite tiré.

Je vais me faire couper les cheveux. Il paraît que les cheveux longs nous permettent de capter les ondes émises par les autres êtres humains et les dauphins. Si je me fais raser la boule, je n’entendrai plus les échos du monde et je pourrai me concentrer un peu plus sur moi-même. Faire le point. Comprendre mes idées étranges. Peut-être même me surprendre. Le seul souci c’est que j’ai quand même des sourcils assez prononcés. Si je me rase la boule je ressemblerai à une grosse noix avec deux bandes noires au-dessus des yeux. Pas que ça me gêne mais ça risquerait quand même d’intimider pas mal de monde. Faudrait que je me prépare. J’ai jamais fait peur à personne jusqu’ici, sauf à mon petit cousin une fois, mais il avait 3 ans et je venais de lui lire un livre sur les vampires iraniens… et comme je suis à moitié-iranien ben il a cru que j’étais à moitié vampire. Je lui en veux pas, moi aussi je me serais mis à crier. C’est pas du racisme, c’est juste du doute, c’est le principe de précaution, d’ailleurs c’est dans la constitution le principe de précaution si je me trompe pas.

On vient de m’apporter une deuxième boisson jaune. J’avais fini la première. Een biertje. C’est mignon dit comme ça. Si on appelait ça de la pisse de cheval je suis sûr que ça se vendrait moins. N’en déplaise à Will Shakespeare, une rose, si elle portait un autre nom, n’aurait sûrement pas autant de succès. Si ça s’appelait une roublatelle, une crevisse ou une foissaille est-ce qu’on voudrait s’en voir offrir une douzaine avec sa bague de fiançailles? Est-ce qu’on se l’attacherait à la boutonnière en battant des paupières? C’est drôle d’ailleurs les noms de fleurs. Ayant grandi en ville, je ne connais pas grand chose à la botanique, à part le fait que quand on donne à une graine de l’eau et du soleil elle a tendance à s’épanouir, ce en quoi elle est nettement plus raisonable qu’un être humain. J’ai souvent vu en Irlande et ici aussi en Hollande, une fleur que je ne connaissais pas bien. En anglais elle s’appelait le daffodil. Un nom très sympa que j’avais croisé dans pas mal de vieux poèmes. En français on l’appelle la narcisse et le livre de symbologie que j’ai acheté sur les quais de Seine pour trois euros m’indique que si j’aime les narcisses c’est que je suis narcissique. Seulement voila, je n’aime les narcisses que depuis que je les ai découvertes, et là où je les ai découvertes elles n’ont rien à voir avec le narcissime. Ce sont juste de chouettes fleurs jaunes qui apportent de la couleur dans un monde pluvieux, et dès le mois de janvier en Irlande, ce qui est magnifique. On tousse sa crève, on renifle, on serre les poings dans ses poches en grelottant, tout n’est que précipitation(s), grisaille et vent quand soudain on voit une bande de daffodils jaunes en fleurs nous sourire. Les aimer veut-il dire qu’on ne pense qu’à soi-même? En vérité je n’en sais rien. Peut-être que oui après tout. Le livre de symbologie ne valait peut-être que trois euros mais il avait le mérite d’être un livre de symbologie. Même le type qui met une cravate et affirme connaître la vérité sur tout a du mérite, peut-être pas autant que celui qui connaît vraiment la vérité sur tout (à ce propos si vous le croisez, dites-lui que j’aimerais bien le rencontrer), mais il a du mérite dans la mesure où il a l’ambition d’être ce qu’il n’est pas et qu’il l’affirme publiquement au risque de faire l’objet de toutes sortes de moqueries, farces et attrapes.

Deux personnes viennent de me demander si les toilettes sont ici. J’ai apparemment choisi le coin le plus crado du bar pour établir mes quartiers, et, perçu par le public comme un professionnel de l’urinage et du soulagement intestinal, j’ai le privilège d’être associé à leurs préoccupations les plus pressantes. C’est donc sur cette pensée que j’aimerais conclure l’article d’aujourd’hui, de peur de devoir le faire tout-à-l’heure en raison de mes propres préoccupations, ce qui serait fort regrettable. Ils est 20h42, encore deux gorgées de jaune et je quitte le bar pour me fondre dans le soleil qui se couche. La vie est mystérieuse et c’est peut-être mieux ainsi.


May 2, 2009 | 4:05 AM Comments  0 comments

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Blog2Bar – Au BooNooNooNoo’s, 29 avril 2009


C’est officiel, ceci est mon premier blog de bar. Les jeunes filles du 20e siècle tenaient des journaux intimes, les jeunes punks du 21e siècle tiennent des blogs de bar. C’est la seule façon de vivre, enfin si j’en crois la radio. Le concept est assez simple, il s’agit de bloguer dans un bar. Ecrire des phrases, raconter des histoires pendant qu’un quartier se sirose le foie au son d’une musique envoûtante. Chaque article est un instantané, un recueil d’émotions vives et authentiques, de pensées, de bons mots, de philosophie du quotidien. Et mis bout à bout, les articles passent un message, indiquent un chemin. Au moins en théorie.

Il y a tant de livres, tant d’entreprises artistiques qui, à grand renforts de métaphores alambiquées et de parallèles tortueux, tentent, au bout de maintes pages, gravures, croquis, sculptures sur sable, de toucher du bout du doigt le secret le plus profond de la vie. Tant de tableaux, de morceaux de musique, de numéros de claquettes qui essaient de dire le grand tout sans pourtant le faire dès le départ. C’est insupportable, inacceptable, d’avoir à mastiquer 333 pages pour avoir enfin droit, entre les lignes, à la vision du monde de quelque narrateur glabre. Je ne vous ferai pas cet affront. Je n’attendrai pas les derniers articles de ce blog pour introspecter ce qui vous revient de plein droit chers lecteurs: mon âme. Je vais par conséquent, dès aujourd’hui gratter les croûtes de ma préconscience pour mettre à jour les pépites et les pépins de ma conscience du monde. J’espère chers lecteurs que ce sera pour vous une agréable distraction.


Le toît du BooNooNooNoo's

Il est donc presque 20 heures et je suis au Boonoonoonoo’s sur la plage de Scheveningen. Une sorte de RnB lascif résonne dans la pièce. Devant moi une boisson jaune à mousse accompagnée d’une miche de pain et d’olives. Devant moi aussi la mer. Les bâteaux font la queue devant Hoek van Holland, le coin de la Hollande, ils attendent pour accoster au port de Rotterdam. Des flammes artificielles brûlent dans la pièce. Ca me fait penser à ces émissions où on envoie des couples sur des îles tropicales pour tester la force de leur amour. On met le type dans un jacuzzi avec une dizaine de filles payées pour le faire tromper sa femme et on met la femme dans un autre jacuzzi avec une dizaine de minets investis de la même mission. Ils ne se voient pas pendant 15 jours car ils sont à des endroits différents de l’île. Leur équipe de tentateurs leur sert des cocktails et se frotte à eux à moitié nus. Le soir l’animateur leur montre les ébats de leur moitié autour d’un feu de camp sur une plage. Le même feu qu’ici. Ca pleure, ça crie, ça se bouleverse, alors que l’un a autant fauté que l’autre. Ici sur ma petite plage de sable fin, le monde se limite à un menu de 5 pages, deux photos du Bouddha, un feu artificiel, une douzaine de tables et l’horizon infini. Ca ne pleure pas, ça ne crie pas, ça ne se bouleverse pas. Le monde est calme et plat comme un grand reposoir.


J’ai encore plein de trucs à régler ce soir et dans la vie, seulement je ne sais pas comment je vais faire. Je voudrais vivre avec un petit plus d’évidences, de choses auxquelles m’accrocher, d’impératifs à défendre, de carences par rapport auxquelles structurer mes déprimes. Je vais m’acheter des chaussures neuves. Vertes. Avec des rayures. J’avais de belles chaussures vertes à rayures jaunes, mais on m’a dit qu’elles étaient trop vieilles alors j’ai arrêté de les porter. C’était une erreur. Ne jamais arrêter de porter des chaussures, sauf si elles sentent vraiment mauvais, ou si elles commencent à prendre la pluie, ou si elles ont des cratères nucléaires. Ne jamais renoncer à ce qu’on est, même si ce n’est plus dans le coup. Un coup est si vite tiré.

Je vais me faire couper les cheveux. Il paraît que les cheveux longs nous permettent de capter les ondes émises par les autres êtres humains et les dauphins. Si je me fais raser la boule, je n’entendrai plus les échos du monde et je pourrai me concentrer un peu plus sur moi-même. Faire le point. Comprendre mes idées étranges. Peut-être même me surprendre. Le seul souci c’est que j’ai quand même des sourcils assez prononcés. Si je me rase la boule je ressemblerai à une grosse noix avec deux bandes noires au-dessus des yeux. Pas que ça me gêne mais ça risquerait quand même d’intimider pas mal de monde. Faudrait que je me prépare. J’ai jamais fait peur à personne jusqu’ici, sauf à mon petit cousin une fois, mais il avait 3 ans et je venais de lui lire un livre sur les vampires iraniens… et comme je suis à moitié-iranien ben il a cru que j’étais à moitié vampire. Je lui en veux pas, moi aussi je me serais mis à crier. C’est pas du racisme, c’est juste du doute, c’est le principe de précaution, d’ailleurs c’est dans la constitution le principe de précaution si je me trompe pas.

On vient de m’apporter une deuxième boisson jaune. J’avais fini la première. Een biertje. C’est mignon dit comme ça. Si on appelait ça de la pisse de cheval je suis sûr que ça se vendrait moins. N’en déplaise à Will Shakespeare, une rose, si elle portait un autre nom, n’aurait sûrement pas autant de succès. Si ça s’appelait une roublatelle, une crevisse ou une foissaille est-ce qu’on voudrait s’en voir offrir une douzaine avec sa bague de fiançailles? Est-ce qu’on se l’attacherait à la boutonnière en battant des paupières? C’est drôle d’ailleurs les noms de fleurs. Ayant grandi en ville, je ne connais pas grand chose à la botanique, à part le fait que quand on donne à une graine de l’eau et du soleil elle a tendance à s’épanouir, ce en quoi elle est nettement plus raisonable qu’un être humain. J’ai souvent vu en Irlande et ici aussi en Hollande, une fleur que je ne connaissais pas bien. En anglais elle s’appelait le daffodil. Un nom très sympa que j’avais croisé dans pas mal de vieux poèmes. En français on l’appelle la narcisse et le livre de symbologie que j’ai acheté sur les quais de Seine pour trois euros m’indique que si j’aime les narcisses c’est que je suis narcissique. Seulement voila, je n’aime les narcisses que depuis que je les ai découvertes, et là où je les ai découvertes elles n’ont rien à voir avec le narcissime. Ce sont juste de chouettes fleurs jaunes qui apportent de la couleur dans un monde pluvieux, et dès le mois de janvier en Irlande, ce qui est magnifique. On tousse sa crève, on renifle, on serre les poings dans ses poches en grelottant, tout n’est que précipitation(s), grisaille et vent quand soudain on voit une bande de daffodils jaunes en fleurs nous sourire. Les aimer veut-il dire qu’on ne pense qu’à soi-même? En vérité je n’en sais rien. Peut-être que oui après tout. Le livre de symbologie ne valait peut-être que trois euros mais il avait le mérite d’être un livre de symbologie. Même le type qui met une cravate et affirme connaître la vérité sur tout a du mérite, peut-être pas autant que celui qui connaît vraiment la vérité sur tout (à ce propos si vous le croisez, dites-lui que j’aimerais bien le rencontrer), mais il a du mérite dans la mesure où il a l’ambition d’être ce qu’il n’est pas et qu’il l’affirme publiquement au risque de faire l’objet de toutes sortes de moqueries, farces et attrapes.

Deux personnes viennent de me demander si les toilettes sont ici. J’ai apparemment choisi le coin le plus crado du bar pour établir mes quartiers, et, perçu par le public comme un professionnel de l’urinage et du soulagement intestinal, j’ai le privilège d’être associé à leurs préoccupations les plus pressantes. C’est donc sur cette pensée que j’aimerais conclure l’article d’aujourd’hui, de peur de devoir le faire tout-à-l’heure en raison de mes propres préoccupations, ce qui serait fort regrettable. Ils est 20h42, encore deux gorgées de jaune et je quitte le bar pour me fondre dans le soleil qui se couche. La vie est mystérieuse et c’est peut-être mieux ainsi.


May 2, 2009 | 4:05 AM Comments  0 comments

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keyvan   keyvan Keyvan Sayar's TIGblog
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Traduire le monde - Are we human or are we dancer?


Extrait de Traduire le monde:

C’est la chanson qui a envahi depuis quelques mois les radios du monde. Mis à part le fait que je le trouve passablement insipide, elle m’a posé une vraie question de traduction. Comment traduirais-je son titre/refrain « are we human or are we dancer ? »… sommes-nous humains, ou sommes-nous « danseur » ? En français la faute ne s’entendrait pas à l’oral, tandis qu’en anglais elle saute aux oreilles de n’importe quel auditeur. Bien entendu, on pourrait s’aventurer à expliquer qu’il ne s’agit pas du nom « dancer » mais du comparatif « denser » (plus dense) ou alors –licence poétique– qu’il s’agit d’une adjectivation du nom « dancer » faisant référence à la nature profonde, à l’essence du danseur, ses mouvements intérieurs, la danséité des êtres… seulement le chanteur lui-même le dément. Alors sommes-nous au fond de nous-mêmes plutôt humains ou plutôt des âmes qui frétillent ?

C’est tellement rare d’avoir le privilège de se poser des questions philosophiques de ce calibre en écoutant une chanson du top 50 que je voulais ici rendre hommage à Brandon Flowers, le chanteur des Killers, et également au magazine Rolling Stone qui déclare fièrement que son utilisation du mot ‘dancer’ déchire tout (« his use of ‘dancer’ is fucking rad »).

Et pour tous les anglophones en herbe qui tomberaient sur ce post au détour d’une recherche internet, oui cette phrase n’est pas correcte, oui votre prof d’anglais vous comptera une faute si vous glissez ça dans un devoir, et ce même si vous lui faites un grand sourire et que vous lui montrez la pochette du single, car chers amis -et dieu sait si c’est dur de s’y résoudre- la vie est ainsi faite.


April 1, 2009 | 4:04 AM Comments  0 comments

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keyvan   keyvan Keyvan Sayar's TIGblog
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Traduire le monde – Are we human or are we dancer?


Extrait de Traduire le monde:

C’est la chanson qui a envahi depuis quelques mois les radios du monde. Mis à part le fait que je le trouve passablement insipide, elle m’a posé une vraie question de traduction. Comment traduirais-je son titre/refrain « are we human or are we dancer ? »… sommes-nous humains, ou sommes-nous « danseur » ? En français la faute ne s’entendrait pas à l’oral, tandis qu’en anglais elle saute aux oreilles de n’importe quel auditeur. Bien entendu, on pourrait s’aventurer à expliquer qu’il ne s’agit pas du nom « dancer » mais du comparatif « denser » (plus dense) ou alors –licence poétique– qu’il s’agit d’une adjectivation du nom « dancer » faisant référence à la nature profonde, à l’essence du danseur, ses mouvements intérieurs, la danséité des êtres… seulement le chanteur lui-même le dément. Alors sommes-nous au fond de nous-mêmes plutôt humains ou plutôt des âmes qui frétillent ?

C’est tellement rare d’avoir le privilège de se poser des questions philosophiques de ce calibre en écoutant une chanson du top 50 que je voulais ici rendre hommage à Brandon Flowers, le chanteur des Killers, et également au magazine Rolling Stone qui déclare fièrement que son utilisation du mot ‘dancer’ déchire tout (« his use of ‘dancer’ is fucking rad »).

Et pour tous les anglophones en herbe qui tomberaient sur ce post au détour d’une recherche internet, oui cette phrase n’est pas correcte, oui votre prof d’anglais vous comptera une faute si vous glissez ça dans un devoir, et ce même si vous lui faites un grand sourire et que vous lui montrez la pochette du single, car chers amis -et dieu sait si c’est dur de s’y résoudre- la vie est ainsi faite.


April 1, 2009 | 4:04 AM Comments  0 comments

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keyvan   keyvan Keyvan Sayar's TIGblog
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Indigestion électronique


Des soldats israéliens reçoivent une boîte de gâteaux envoyés par Gilis Goodies

Des soldats israéliens reçoivent une boîte de gâteaux envoyés par Gili's Goodies et pendant ce temps à Gaza les civils palestiniens attendent toujours l'aide humanitaire...

Qu’elle soit ou non d’accord avec la guerre, on ne peut pas reprocher à une mère de se faire un sang d’encre pour son enfant envoyé au front… c’est ce que je me suis dit en voyant ces campagnes de soutien aux troupes lancées par le pâtissier israélien Gili’s Goodies pendant l’offensive à Gaza. C’était cependant pour moi d’une grande violence d’imaginer que je pouvais en quelques clics envoyer gratuitement un message de soutien et un paquet de gâteaux à des soldats israéliens pendant que la Croix Rouge devait faire des pieds et des mains pour obtenir de Tsahal la permission d’apporter quelques vivres et médicaments aux habitants de la bande de Gaza.

Cette opération de publicité-solidarité nationaliste, je ne l’ai pas découverte en surfant sur des sites d’extrême droite mais sur la première page du célèbre quotidien “de gauche” Haaretz (je mets des guillements parce que “de gauche” veut dire quelque chose de différent dans chaque contexte politique). Il s’agissait d’une publicité pour l’opération “send a soldier a smile” menée par Gili’s Goodies et Honest Reporting. Intrigué, j’ai immédiatement suivi le lien.

Pâtisserie cacher vendant ses produits à travers le monde entier, Gili’s Goodies propose aussi à ses clients d’envoyer des paniers de gâteaux aux israéliens démunis et aux familles de Sdérot (ville israélienne proche de Gaza où ont été envoyées des roquettes). Dans le cadre de l’opération “send a soldier a smile“, ils s’engagent à envoyer des gâteaux gratuitement en accompagnement des messages.

Sorte de lobby/agence de presse, Honest Reporting est un organisme dédié à promouvoir une autre image d’Israel dans les médias. Pour ce faire, l’organisme envoie des pétitions aux grands médias du monde et propose chaque jour une sorte de “contre-journal” relatant “honnêtement” l’actualité du pays. Un organisme qui - et ceci est un euphémisme - n’est vraiment pas très critique de la politique d’Israël (comme l’illustre par exemple ce petit reportage sur l’intervention militaire à Gaza qui montre essentiellement des civils israéliens en larmes).

Moi qui aime beaucoup les gâteaux, j’ai eu comme une indigestion électronique en surfant sur ces pages.


March 17, 2009 | 9:03 AM Comments  0 comments

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